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JOUR 69 – KILOMÈTRE 3742 (Calgary, AB)

25/07/2016

Ce matin, je dois déjà quitter ma famille pour retourner sur la route. Nous mangeons un bon déjeuner (muffin anglais, beurre de peanut et bananes!) et je prépare mon bicycle.

Je suis tellement habitué de partir à tous les matins, que je ne réalise pas encore que je quitte ma famille et que je n’ai même pas encore fait la moitié du chemin. C’est probablement mieux ainsi!

Depart

Aujourd’hui, je prends la route pour Calgary où je vais aller voir ma petite-cousine! Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais je connais sa mère et je suis convaincu que nous nous entendrons bien.

La première partie de la route est dans les montagnes, un paysage qui m’est désormais familier. C’est alors que j’entreprends la montée d’une côte qui contourne une montagne, et surprise, lorsque je relève la tête pour regarder au loin devant moi, il n’y a plus une seule montagne en vue! Elles sont désormais toutes derrière. À ce moment, j’ai vraiment l’impression de tourner une page!

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Ce n’est cependant pas la fin des côtes. En effet, je suis maintenant dans les Foot Hill, des petites collines qui se succèdent.

En arrivant à Calgary, je suis toujours sur la Transcanadienne, mais le trafic est de plus en plus dense et des travaux se font voir à l’horizon. L’accotement fait maintenant place à des cônes et de la machinerie. Je suis condamné à rouler dans la voie. Je m’empresse donc de prendre la prochaine sortie.

Lorsque j’arrive à destination, je suis vraiment fatigué, mais j’ai hâte de rencontrer ma petite-cousine. Celle-ci me répond avec un grand sourire. Elle m’aide à entrer mes bagages et mon vélo. Elle m’a même préparé un lit dans le salon avec une serviette pour prendre ma douche. Je me sens comme à l’hôtel.

Je prends ma douche, et elle me prépare à manger. J’offre mon aide, mais elle semble avoir le contrôle de la situation. Elle nous prépare des hamburgers au bison!

Il y a tellement de choses sur la table ! On semble oublier qu’on est juste deux! C’est excellent et je mange plus que je ne devrais.

Elle me propose ensuite d’aller marcher en ville. Je vois alors les premiers adeptes de Pokémon Go, ce qui nous fait rire! Des rassemblement de gens qui, au lieu de se parler, sont concentrés sur leur téléphone. Quand on s’arrête pour y penser, c’est presque triste.

Lorsque nous revenons à la maison, je lui propose d’écouter un film, ça fait vraiment longtemps que je n’ai pas eu la chance d’en voir un et nous aimons le même genre.

 

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JOUR 68 – REPOS (Banff, AB)

24/07/2016

Ce matin, on va se promener à Banff et nous déjeunons au McDonald. Il y a une quantité folle de monde, la file s’étire pratiquement jusqu’à la porte d’entrée.

Nous allons maintenant nous promener dans la ville. Une boutique de trucs country attire immédiatement notre attention! Nous entrons et regardons les bottes, les chapeaux et tous les accessoires. Une veste croise alors mon regard, elle me fait de l’oeil! Elle est vraiment belle. Je m’imagine travailler sur un ranch avec elle sur le dos. L’Ouest avec ses ranchs et ses cowboys commence à déteindre sur moi. Le cowboy en moi commence à se réveiller. Dans un moment de lucidité, je me rappelle que je n’ai pas de ranch. Dommage! Je me contente donc de prendre une photo du modèle et de rêver!

Nous allons maintenant à l’épicerie pour acheter le nécessaire pour faire des sandwichs. Nous mangeons dans un beau parc non loin de là. Il fait soleil et nous sommes super confortables. Je resterais bien ici tout l’après midi pour lire! Malheureusement, ma mère et ma soeur ne sont pas du tout du même avis. Ma mère veut nous montrer le Johnston Canyon. Nous partons donc pour faire cette randonnée.

Il y a du monde comme c’est pas possible! Les gens font la file dans le sentier pour avancer. Nous sommes parfois immobilisés en attendant que les gens plus loin avancent. GOPR5777

Nous suivons un ruisseau qui a creusé sont lit dans la pierre. C’est vraiment beau, plus que sur mes photos!

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Ce soir, nous prenons un emplacement sur un camping. Nous décidons, encore, de commander une pizza de chez Domino. C’est plutôt drôle de voir le livreur arriver sur le camping et chercher notre tente. On est fatigués et on a la gâchette du rire plutôt facile!

Finalement, nous lui faisons signe et il vient à notre rencontre. Il n’est pas ce qu’on pourrait qualifier de très bonne humeur. Il nous explique, un peu frustré, que d’habitude il ne livre pas sur le camping. Le restaurant n’était pas obligé d’accepter notre commande… mais bon, on est pas obstineux ce soir, nous payons et lui souhaitons bonne soirée. Je suis content de ne pas être sur le même «beat» que lui!

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Pendant que nous mangeons, le beau caniche est étendu au bout de sa laisse dans la garnotte. Elle a l’air épuisée par ses deux journées de randonnée.

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Derrière notre site, il y a une grosse famille qui essaie de monter une tente qui a plutôt l’allure d’un abri «tempo». Ils ont énormément de difficulté à la monter. Installe les poteaux sur un bord, recommence sur l’autre bord, le vent pogne dans la toile, etc. Ça n’a vraiment pas l’air simple! À chaque fois que je me retourne, je ne peux m’empêcher de rire! On est tous les trois très moqueurs, il est donc vraiment difficile de garder notre sérieux. Nous nous faisons tous rire à tour de rôle! Lorsque je suis loin de ma famille, je m’ennuie beaucoup de ces moments.

 

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JOUR 67 – REPOS (Banff, AB)

23/07/2016

Ce matin, nous allons chercher un déjeuner au restaurant de l’hôtel. Comme la belle Zaz n’est pas admise, nous retournons manger dans la cour intérieure.

Aujourd’hui, nous avons planifié d’aller voir le Lac Louise. Ma mère, qui est venue quelques années auparavant avec mon père, nous assure que c’est à voir absolument!

Lorsque nous arrivons dans le chemin qui mène au lac, il y a une quantité d’autos impressionnante. Les stationnements sont déjà pleins et les gens se stationnent sur le côté du chemin. Nous débarquons donc ma mère et Zazou en haut et nous retournons stationner l’auto plus bas sur le bord du chemin.

Lorsque nous arrivons finalement au lac, c’est vraiment un paysage saisissant. La couleur de l’eau et les montagnes qui entourent le lac sont… (je cherche encore le mot)!

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Lorsque maman essaie de prendre un selfie avec son appareil photos, ma soeur et moi éclatons de rire, la lentille ne pointe clairement pas dans notre direction. Nous prenons donc le relais:

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Ma mère nous propose d’aller faire de la randonnée, ce que nous acceptons! Le sentier de plusieurs kilomètres nous amène dans la montagne à droite du lac. Nous montons jusqu’au Lac Miroir, puis jusqu’au Lac Agnes. Nous décidons de continuer encore, ce qui nous amène au sommet de The Beehive. Du haut de cette montagne, nous avons une vue sur le lac que je n’avais encore jamais vue, même en photo. On voit très clairement l’eau des glaciers qui coule dans le lac en apportant les minéraux qui lui donnent sa couleur caractéristique.

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Je suis vraiment heureux de partager ce moment avec ma mère et ma soeur, Marie. Je trouve parfois dur de voir des choses vraiment splendides, sans pouvoir partager mon enthousiasme! Ceux qui me connaissent bien comprendrons!

Il ne faut pas oublier la belle Zaz qui suit Marie fidèlement dans tous les sentiers. Elle m’impressionne beaucoup!

Au sommet, un groupe d’Américains prend une photo de nous et nous leur rendons la pareille. Ils sont vraiment drôles!

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En redescendant, nous croisons un père et son fils, venus d’Allemagne, qui ont fait tout le sentier, même la Plaine-des-Six-Glaciers. Le jeune, âgé de seulement 10 ans, est assoiffé. Je lave donc notre vieux contenant de lait au chocolat, que je remplie ensuite d’eau. Lorsque je lui donne, ses yeux nous montrent à quel point il est content! Ce qui nous fait tous rire!

En arrivant à l’hôtel, nous sommes tous très fatigués. Zazou, après quelques pas paresseux, se couche de tout son long dans le milieu de la chambre. Elle n’a même plus la force de chercher a se faire flatter.

Nous retournons dans le spa, puis nous commandons une pizza chez Domino. Vite, bon et pas cher! Ma soeur me surprend en mangeant autant que moi!

 

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JOUR 66 – KILOMÈTRE 3609 (Banff, AB)

22/07/2016

Ce matin, je me fais un gros déjeuner car, comme hier, la journée commence avec une grosse côte. Je n’ai pas regardé le profil d’élévation, car j’aime mieux découvrir à mesure. Dans les jours précédents, j’avais trop d’appréhensions en regardant les profils. Je me suis rendu compte que souvent, notre impression d’un trajet est très différente de ce que le profil nous montre.

Je suis aussi très excité, car je prends la route de Banff où ma mère et ma soeur viennent me rendre visite! J’ai l’impression de ne pas les avoir vues depuis une éternité. Pour l’occasion, ma mère a réservé une chambre d’hôtel.

C’est donc avec beaucoup d’énergie que j’entame ma montée. C’est probablement une des dernières de ce calibre et je suis un peu nostalgique. J’en suis venu à apprécier ces côtes, car j’adore travailler fort pour me rendre au sommet.

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La route monte jusqu’à la frontière entre la Colombie-Britannique et l’Alberta, qui est sur la ligne de séparation des eaux. En arrivant à ce point, la vue sur les montagnes environnantes, la grosse pancarte qui annonce l’Alberta et la pensée de retrouver ma mère et ma soeur, me font encore serrer la gorge! Ce voyage, avec la fatigue intense, les rencontres, les défis et toutes les belles choses que je vois, joue énormément sur mes émotions. Je passe constamment de la joie à la tristesse et vice versa.

Je m’assoie au pied de la pancarte Alberta et je mange en observant le paysage. Je pourrais rester ici des heures! Mais comme j’ai hâte d’arriver à Banff, je repars!

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À partir du Lac Louise, la route se met à descendre dans un long faux plat jusqu’à Banff. J’apprécie beaucoup la descente, je me laisse aller et je donne quelques coups de pédales à l’occasion, pour regagner quelques kilomètres par heure.

Nous nous sommes donné rendez-vous à l’hôtel, à l’autre bout de la ville. C’est donc avec un sentiment d’empressement que je traverse la ville. J’ai tout de même le temps d’être surpris par la ville qui est définitivement un endroit très touristique. Il y a un grand nombre de boutiques, d’hôtels et beaucoup, beaucoup de gens qui circulent. Je me faufile donc entre les touristes pour me rendre à l’hôtel.

Les hôtels se succèdent depuis déjà un bon moment, mais je ne vois toujours pas celui où ma mère a réservé une chambre. J’aperçois alors le chien de ma soeur qui a fière allure sur le coin d’une rue avec ma soeur à l’autre bout de la laisse et ma mère avec son appareil photo. Je ne vois toujours pas l’hôtel, mais je m’en fous!

Je suis tellement énervé que j’en tombe presque de mon vélo. Je dois me concentrer pour arrêter et débarquer de mon vélo sans faire un face à face avec un lampadaire.

Je n’ai jamais été séparé de ma mère ou de ma soeur aussi longtemps et les retrouvailles sont chargées en émotions. Même Zaz, la caniche royale de ma soeur, semble contente de me voir. J’aime beaucoup ce gros toutou et je suis content de pouvoir m’énerver de nouveau avec elle!

Après avoir repris le dessus sur nos émotions, nous allons faire le «check in» à l’hôtel. Les employés de l’hôtel ont tous un badge avec leur nom et leur pays d’origine. Les gens ici semblent tous venir d’ailleurs. Je peux maintenant aller porter mon vélo dans la chambre. Nous allons ensuite, avec l’auto de ma soeur, chercher mon litre de lait au chocolat et nous marchons dans le centre-ville. C’est vraiment beau! Nous allons finalement faire l’épicerie pour le souper et nous retournons à la chambre.

Je prépare, avec ma soeur, un repas typique de ce que je mange pendant mon voyage: du saumon, du riz et des légumes. Nous mangeons notre repas dans la cour intérieure de l’hôtel.

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Pour terminer la soirée, nous allons prendre un spa sur le toit de l’hôtel.

 

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JOUR 65 – KILOMÈTRE 3526 (FIELD, BC)

21/07/2016

Cette nuit, j’ai très mal dormi, les autres campeurs du site partagé ont décidé de faire un feu jusqu’aux petites heures du matin. L’un d’eux parlait très fort et me réveillait à chaque fois que je réussissais à m’assoupir. Lorsqu’ils ont décidé de se coucher vers 2 heures, ils ont claqué les portes d’autos à plusieurs reprises. J’ai alors perdu mon sang-froid et j’ai échappé un « Hey Tabarnack » très fort, ce qui a fait taire le bruit jusqu’au matin.

Dès le premier kilomètre en sortant de la ville de Golden, la Transcanadienne se met à monter. Ce que je pensais être une petite côte qui s’arrêterait après le prochain virage, s’avérera être en fait une montée sur plusieurs kilomètres. C’est complètement fou de grimper à flanc de montagne, sur une route sinueuse avec une rivière quelques centaines de pieds en dessous de nous! La forme du terrain me permet de visualiser l’ampleur de la montée que je suis en train de réaliser, j’en ai le souffle coupé.

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Je pense à plein de choses; la côte, mon voyage avec tout ce qu’il m’a appris, la côte, ce que je vais faire à mon retour, encore la côte, ma famille qui me manque beaucoup. Cette dernière pensée fait monter en moi les émotions. Ma gorge se serre. Il fait très chaud et la fatigue des derniers jours commencent à se faire sentir, je suis plus émotif.

Lorsque j’arrive enfin près de la ville de Field, le paysage est saisissant! La rivière est très large et peu profonde. Je me sens comme dans un film!

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Lorsque j’arrive au camping, un peu plus loin, la dame à l’accueil m’informe qu’il n’y a plus de site de libre. J’explique alors ma situation, que je ne peux pas me déplacer facilement jusqu’au prochain camping, qui est plutôt loin. Elle ne semble pas vouloir coopérer et me dit que je n’ai pas le choix de quitter. Son collègue, qui semble plus sympathique, lui dit alors que je pourrais m’installer dans la zone « overflow » près des toilettes. Au départ, elle ne semble pas vouloir, mais finit tout de même par fléchir. L’homme me dit donc d’aller l’attendre près des toilettes. Il vient par la suite me montrer une grande zone en long foin et me dit de m’y installer. Dans les heures qui suivront, plusieurs autres personnes viendront me rejoindre dans l’espace «overflow».

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Deux filles, qui montent leur tente dans le foin un peu plus loin que moi, viennent alors me demander, dans un anglais encore plus cassé que le mien, comment on procède pour le paiement. Je comprends tout de suite qu’elles sont françaises (de France). Je leur réponds donc en français.

Nous passerons finalement la soirée ensemble dans l’abri pour faire à manger. Elles me racontent qu’elles sont anesthésiste et médecin et qu’elles se sont rencontrées à l’école de médecine. J’ai beaucoup de plaisir avec elles. On rit toute la soirée en s’apprenant des expressions venant de notre pays d’origine, que je ne répéterai pas ici.

 

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JOUR 64 – KILOMÈTRE 3461 (GOLDEN, BC)

20/07/2016

Ce matin, je me lève tôt, je dois me préparer pour aller à Golden. En me réveillant, je suis tout emmitouflé dans mon sac de couchage. La nuit dernière, il a fait plutôt froid, ce qui ma permis de très bien dormir. Je m’habille chaudement et en sortant de ma tente, je découvre un paysage complètement différent de la veille. Il y a de la rosée partout et une forte bruine enveloppe le camping.

Je défais mon campement et je place tous mes bagages dans un casier à nourriture anti-ours, que je barre. Je vais ensuite cacher mon vélo, une roue en moins, derrière l’accueil du camping. Pour se rendre derrière l’accueil, on doit marcher dans les branches et la vase, j’espère donc que personne ne s’y aventurera.

Lorsque toutes mes choses sont en sécurité, je vais rejoindre le couple de la veille qui m’attend pour aller à Golden. Ils sont originaires de la Suisse et ils ont loué un Wicked Van, une fourgonnette aménagée en campeur, pour visiter la région. Pendant près d’une heure, nous discutons de tout et de rien, ils sont vraiment très agréables à côtoyer.

Ils me débarquent juste devant le magasin de vélo. Nous prenons une photo ensemble, je les remercie et leur souhaite un bon voyage. Ce voyage est parfois cruel, je rencontre un grand nombre de personnes intéressantes, mais je dois tous les quitter.

J’attends près d’une heure que ma roue soit réparée. Maintenant que c’est fait, le vrai défi commence. Je dois retourner au camping en faisant du pouce. Je sors donc de la ville pour rejoindre la Transcanadienne. J’ai apporté un couvre-sacoche pour montrer ce que je fais, j’espère ainsi attirer la sympathie. Les gens passent devant moi sans même se retourner. Il y en a même certains qui me regardent avec un regard de mépris. C’est complètement différent de l’accueil que j’ai lorsque je suis sur mon vélo, pourtant je suis la même personne qui poursuit le même but. C’est dur de se sentir méprisé ainsi.

Finalement, un homme dans un parking, me fait signe de venir. J’entre dans l’auto et je lui explique la situation. Il me dit qu’il ne va pas dans cette direction, qu’il se déplaçait seulement dans la ville de Golden, mais décide de venir me reconduire tout de même. Il prend donc la route dans le seul but de me ramener à mon vélo, qui est une heure de route plus loin. Il m’explique qu’il est chef d’équipe sur la réparation des chemins de fer. Il est aussi un amateur de pêche. Il me débarque juste devant l’accueil du camping. Je suis, une fois de plus, surpris par la générosité des gens!

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Je récupère mon vélo, mes bagages et je reprends la route vers Golden. Il est pratiquement 12h00 lorsque je quitte, je ne dois donc pas niaiser. C’est la première fois depuis plusieurs semaines que je roule sur un chemin que j’ai déjà vu auparavant, le sentiment est étrange.

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J’arrive finalement au camping municipal en fin d’après-midi. Le camping affiche complet, mais comme je n’ai pas le choix, j’y vais tout de même. Le garçon à l’accueil m’offre un site partagé avec d’autres campeurs, ce que j’accepte. Ce n’est pas comme si j’avais un grand choix qui s’offrait à moi.

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JOUR 63 – KILOMÈTRE 3374 (ROGERS PASS, BC)

19/07/2016

Ce matin en me réveillant, une violente pluie frappe ma tente et fait un bruit d’enfer. Je me glisse la tête en dehors et constate à quel point il pleut. Je suis très bien dans mon sac de couchage et la dernière chose dont j’ai le goût, est d’aller pédaler sous la pluie. Autre chose qui me donne le goût de rester dans mon cocon, aujourd’hui, je quitte la Vallée pour commencer mon ascension dans les montagnes. Mais comme j’ai rendez-vous avec ma mère et ma soeur dans quelques jours à Banff, je prends mon courage à deux mains et je me «déguédine». Je m’offre tout de même le luxe d’un déjeuner chaud à l’abri de la pluie, dans la salle communautaire. Je me fais un bon gruau et des toasts aux bananes et beurre de peanut. Pendant que je me prépare, la pluie s’estompe tranquillement.

Je traverse donc le pont pour me rendre dans la ville de Revelstoke. La vue sur la rivière me fait oublier le temps pluvieux. Je cherche un dépanneur où je pourrai faire le plein de barres Cliff, ce sont mes préférées. Elles soutiennent pendant plusieurs heures. Suivant le conseil de mon père, j’achète la boîte au complet ne laissant rien derrière!

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Au dépanneur, un homme vient me parler et me pose des questions sur mon projet. Quand je lui annonce que je me dirige vers l’est, il me dit alors qu’après Rogers Pass, il n’y a plus de montées et que c’est une belle descente. Doutant un peu de son affirmation, je lui demande s’il en est certain. Il me répond que Rogers Pass est le point le plus haut donc que la route n’a pas le choix de descendre. Peu satisfait de l’explication, je le laisse tout de même…

En partant du dépanneur, la route suit le chemin de fer. Je suis toujours fasciné par la puissance de ces engins qui font vibrer le sol sous leur passage. Un jour, je vais trouver le moyen de faire quelques kilomètres à bord d’une locomotive. Un gros grondement me fait alors sortir de mes rêveries. En me retournant, je constate que ce dernier n’est cependant pas comme les autres! C’est le Rocky Mountaineer, un train de passagers qui sillonne les Rocheuses. À défaut de faire un tour de locomotive, un tour en tant que passager de ce train pourrait peut-être me combler. Et hop! Un projet de plus dans ma banque de projets déjà bien remplie!

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Après un arrêt à l’épicerie, où plusieurs personnes m’ont parlé, je traverse la voie ferrée pour rejoindre une petite route résidentielle. J’y rencontre un homme qui promène un enfant en poussette. Ce dernier m’arrête et me parle de mon projet. De fil en aiguille, il me dit qu’après Roger Pass les montées et les descentes s’enchaînent. En fait, il me dit exactement le contraire de l’homme rencontré au dépanneur plus tôt. Je décide de ne pas m’en faire avec ça, on verra dans le temps comme dans le temps! Mais la leçon que j’en retiens est de ne pas prendre ce que les gens nous disent pour du «cash». Malgré qu’ils soient bien intentionnés, la perception de chacun face à une même situation est souvent très différente.

Après avoir été retardé par la pluie et tous les gens qui sont venus me parler, je quitte enfin pour débuter l’ascension. Les côtes sont très longues, mais par chance, elles ne sont pas trop abruptes. C’est donc sans trop de difficulté que j’atteins le camping Illecillewaet, juste avant Rogers Pass. De ce dernier, on peut apercevoir le glacier du même nom. Je sens la fraiche provenant des sommets autour de moi.

À l’accueil, je rencontre un couple de Montréal avec deux enfants. Ils sont vraiment impressionnés par ce que je fais et la femme me prend en photo avec ses deux garçons. Elle m’offre aussi une demi bouteille de vin de la Vallée de l’Okanagan et deux bananes! C’est donc vraiment heureux que je retourne à mon campement.

Comme j’ai vraiment faim, je commence par me faire à manger. Je déguste mon riz au jambon avec quelques gorgées de vin. Il est excellent! 

En retirant les bagages de mon vélo, un élastique s’accroche dans un des rayons de la roue arrière. En me penchant pour le décoincer, j’aperçois un rayon qui n’a pas le même angle que ses confrères. Dès que j’y touche, le rayon bascule! Maudit, j’ai un rayon de cassé! En démanchant la roue du vélo, je constate qu’il y en a un deuxième. Impossible de rouler jusqu’à Golden avec tous ces bagages et deux rayons en moins.

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J’ai des rayons de rechange, mais je n’ai jamais essayé d’en changer un. En regardant de plus près, je réalise que c’est impossible d’en poser un nouveau sans retirer la cassette et malheureusement, je n’ai pas les outils qui permettent de le faire. Il n’y a pas 36 solutions qui s’offrent à moi, je ne peux pas réparer mon vélo et je veux faire chaque kilomètre en vélo. Je devrai donc me trouver un moyen de transport pour aller réparer ma roue à Golden. Je reviendrai ensuite à mon vélo pour retourner une deuxième fois à Golden à vélo.

En allant faire la vaisselle et mon hygiène au bloc sanitaire, j’en parle au plus de gens possible. J’espère que quelqu’un m’offrira de m’emmener à Golden. Une dame très sympathique me parle de mon projet. Elle me fait même un don de 20$. Je lui parle alors de mon problème, elle m’offre d’embarquer avec elle le lendemain vers 12h00. C’est un peu tard pour moi puisque je dois revenir chercher mon vélo avant de retourner à Golden, le soir même.

Un peu plus tard, pendant que je parle à un homme de mon problème, un autre qui entend notre conversation m’offre d’embarquer avec lui. Il part vers 8h00 le lendemain! C’est parfait! Nous nous donnons rendez-vous et je me couche.

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JOUR 62 – KILOMÈTRE 3304 (REVELSTOKE, BC)

18/07/2016

En me levant, j’ai toujours mal aux mains. Je refais mon pansement qui s’est brisé pendant la nuit et je me fais à déjeuner.

Je roule plus lentement, car j’ai toujours une grande douleur dans les mains.

En arrivant au camping, j’installe mon campement et j’appelle mon père. Au cours des derniers jours, j’ai eu une idée qui ne me quitte plus l’esprit. Je veux inviter mon père à terminer la dernière portion du voyage avec moi. Il rêverait de faire le voyage que je fais présentement et je veux lui faire vivre l’expérience.

Il est vraiment content que je lui propose, il avait eu l’idée mais n’osait pas m’en parler. Nous pensons nous rejoindre à Ottawa et revenir à Saint-Lambert-de-Lauzon ensemble. Pendant ces quelques jours, je voudrais lui faire vivre l’expérience du camping sur le bord de la route et je lui impose la limite d’un seul ensemble de vélo. Ce sont des éléments très importants dans ce voyage. Il ne semble pas chaud à l’idée, mais ce n ‘est pas grave, au départ, je ne l’étais pas moi non plus! Par chance, on s’habitue à tout!

Après avoir mangé, comme il pleut, je vais m’installer dans l’abri pour travailler sur mon blog. La connexion est extrêmement mauvaise et je rencontre deux jeunes filles qui sont originaires des Pays-Bas et qui visitent l’Ouest canadien sur le pouce. Tant pis pour le blog. Nous parlons de voyage et d’endroits à visiter en Colombie-Britannique. Elles mangent des fèves au lard en canne et du beurre de peanut étendu à la cuillère sur du pain cru.

Lorsque je reviens à mon site, mes voisins, avec qui j’ai parlé quelques heures auparavant, sont assis dans leur auto avec une flasque de fort et les vitres toutes embuées. Ils attendent que la pluie passe. Ces deux gars sont vraiment drôles. Je m’arrête pour leur parler un peu, je leur dis qu’il y a une belle salle communautaire, mais ils me répondent que leur conversation n’est pas propice pour ce genre d’endroit. Je retourne ensuite dans ma tente.

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Jour 61 – KILOMÈTRE 3195 (Enderby, BC)

17/07/2016

En quittant ce matin, mon ami m’accompagne en vélo jusqu’à la sortie de la ville. Je suis content qu’il soit là, puisque je n’ai aucune idée du chemin pour retourner sur la grande route.

Aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup de côtes et la route longe les lacs Ellison, Wood et Kalamalka. Le paysage est vraiment beau. À certains endroits, lorsque l’éclairage est idéal, l’eau est d’un vert très impressionnant.

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Comme c’est une des dernières occasions que j’aurai pour me baigner et que j’avance à un bon rythme, je prévois m’arrêter à Vernon pour profiter de la Kal Beach. Quelques kilomètres avant ma destination, je suis sur une route secondaire qui surplombe le lac. La vue est tout simplement magnifique. Je suis tellement admiratif que j’en oublie de regarder en avant. Mon vélo quitte donc la route et dans une tentative pour le ramener, mes roues se bloquent dans la chaussée qui est plus haute. Je suis projeté en plein milieu de la voie et mon vélo glisse sur les sacoches. En tombant, le temps s’est arrêté et j’ai eu le temps de penser à quel point je n’avais plus le contrôle de la situation et aux conséquences qu’aurait une blessure trop grave.

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Étendu dans le milieu de la route, j’ai maintenant peur qu’une auto s’en vienne sur moi. Je bondis donc sur mes pieds rapidement pour regagner le côté de la route. Après m’être assuré qu’aucune auto ne venait dans ma direction, je me suis dépêché de ramener le vélo sur l’accotement.

J’ai alors pu reprendre mes esprits et faire l’inventaire de mes blessures. Le coude droit et l’avant-bras droit sont un peu éraflés, mon petit doigt de la même main saigne à plusieurs endroits et j’ai une grande douleur dans les deux mains. J’ai aussi un intense mal de ventre, probablement que je suis tombé sur un de mes bras.

C’est l’occasion de sortir ma trousse de premiers soins que j’ai confectionnée avec l’aide de ma mère infirmière et de mon ami médecin. Il ne me manque de rien! J’ai même le nécessaire pour me faire des points de suture. Dans ce cas précis, la seule chose que j’aurais peur de manquer est de courage.

Par chance, ce n’est pas aujourd’hui que je vais tester mon courage pour me coudre. Je nettoie mon petit doigt, applique une couche de Polysporin «guérit vite» et ajoute un bandage. Après m’être remis de mes émotions, je reprends la route pour me rendre à la plage. En embarquant sur mon vélo, je suis un peu plus craintif, j’ai compris que ça ne prenait pas grand chose pour perdre complètement le contrôle et faire une bonne chute. Finalement, c’est une bonne chose d’être tombé sans me blesser gravement, j’étais rendu trop confiant, je vais maintenant être plus vigilant.

En route pour la plage, je m’aperçois à quel point je me suis blessé aux mains. J’ai énormément de difficulté à freiner et chaque imperfection de la route génère une grande douleur.

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Je prends donc plusieurs heures pour me relaxer et profiter de cette superbe plage. Il y a beaucoup de familles et la température est excellente. Je pourrais passer facilement plusieurs jours ici avec mon livre.

Je reprends finalement le chemin du retour en fin de journée. Dans les derniers 10 kilomètres, je sens que le comportement de la roue arrière est étrange, j’ai l’impression de rouler dans une épaisse couche de sable. Lorsque je m’arrête, je m’aperçois que j’ai encore une crevaison. Sous l’émotion, j’appelle quelques saints!

En examinant de plus près, je constate qu’il y a non pas une, mais bien deux broches qui transpercent mon pneu. L’une d’elle est récente, mais l’autre est usée et semble être là depuis un bon moment. Je comprends alors que c’est celle qui a causé ma crevaison quelques jours plus tôt. Ma négligence de ne pas prendre le temps de vérifier le pneu m’aurait donc causé des problèmes tôt ou tard.

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Au début, je suis découragé car ces pneus sont très raides et avec mes deux mains amochées, je ne sais pas comment je vais arriver à le remettre en place. J’y vais donc par étapes et je réfléchis avant de forcer, afin d’utiliser les doigts qui sont moins sensibles. Cette épreuve se transforme rapidement en défi et j’en éprouve même du plaisir. Après environ une heure, et beaucoup de douleur, je suis enfin parvenu à réparer ma crevaison.

Je reprends ma route et trouve un camping à Enderby, BC. Je monte mon campement avec une main, je mange et je me couche.

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JOURS 59 ET 60 – REPOS

15/07/2016

Aujourd’hui, mon ami doit aller faire des préparatifs pour le marché du lendemain. Il est un producteur acéricole et il vient vendre ses produits dans quelques « Farmers Market » de la région de la Vallée de l’Okanagan en plus de faire des présentations dans les écoles. C’est d’ailleurs comme ça qu’on s’est rencontrés, je suis allé l’aider quelques printemps à la sucrerie.

Pendant qu’il fait des bonbons et du sucre d’érable, je reste à sa maison pour travailler sur mon blog et publier des photos sur mon compte Flickr. Je profite de la connexion Internet rapide!

Lorsqu’il revient en après midi, nous allons de nouveau visiter la ville. Malheureusement, le temps est pluvieux et nous nous faisons surprendre par la pluie. Il me dit qu’à l’habitude, les étés sont très chauds et qu’il n’y a pas beaucoup de pluie. Cette année, ce serait plutôt le contraire selon lui. J’apprécie tout de même beaucoup la beauté de l’endroit.

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Nous nous couchons tôt, car demain je l’accompagne au marché de Penticton.

16/07/2016

Nous nous levons à 5 heures du matin. Après un bon déjeuner, nous nous mettons en route. Je suis très fatigué, car en plus d’avoir mal dormi, la fatigue accumulée au cour de la dernière semaine semble me rattraper.

Premier arrêt, l’entrepôt à Penticton où il entrepose le sirop d’érable. Je suis impressionné de voir tout ce sirop! Des boîtes empilées jusqu’au plafond! Nous chargeons quelques caisses et nous repartons en direction de la Main St qui est fermée pour l’occasion. C’est vraiment agréable à voir, les marchands arrivent tous avec leurs tentes, leurs affiches et leurs produits. Ensemble, ils transforment la rue en véritable marché en un peu moins d’une heure. Ici, il y a de tout, des légumes, des fruits, du café, du sirop d’érable et même du linge et des bijoux. J’aide mon ami à installer son kiosque et je quitte pour aller voir les autres producteurs. Mon estomac ne sait plus où donner de la tête ! Il y a des pâtisseries, des légumes et des fruits frais. Je décide de faire un grand tour avant de choisir ce que je vais manger. C’est le paradis du gourmand!

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Je commence avec un bon pain aux bananes et au chocolat, mon préféré! J’enchaîne avec une limonade faite de citrons fraîchement pressés. Je mange aussi une pizza faite par la boulangerie et un sandwich fait par un camion de bouffe de rue. J’achète finalement des concombres. Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu le plaisir de manger des légumes aussi frais.

Lorsque j’ai travaillé chez un producteur maraîcher, à l’âge de 15 ans, je mangeais une quantité astronomique de légumes. Pendant que je cueillais des fèves, il ne se passait pas une seule seconde sans que j’en aie une dans la bouche. Parfois, je repense à ce travail et je m’ennuie beaucoup de cette ambiance et des gens que j’y ai côtoyés.

Dans l’après midi, je suis allé marcher dans la ville. Non loin du marché, il y a une très belle plage à côté d’un grand parc. Je me suis couché dans l’herbe sous un grand arbre et je suis tombé endormi après la première page de mon livre.

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Lorsque je suis revenu au kiosque de mon ami, je l’ai aidé à ramasser son équipement. J’ai adoré voir cette partie de son travail, il m’en avait souvent parlé, mais je ne l’avais jamais vécue.

Une dame est alors venue nous parler. Elle travaille pour une chaire de recherche qui étudie la migration des francophones et veut s’entretenir avec nous. Elle nous propose d’aller dans un petit restaurant et nous acceptons. Elle nous offre de prendre ce qu’on veut et elle nous enregistre pendant que nous répondons à ses questions. Je parle de ma mère qui est allée cueillir des fruits dans la Vallée lorsqu’elle était jeune.

Après ma bière et un bon désert, nous retournons finalement à la maison. Pour souper, nous commandons une pizza de chez Domino’s! Je me couche tôt, car demain je reprends la route.