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JOUR 63 – KILOMÈTRE 3374 (ROGERS PASS, BC)

19/07/2016

Ce matin en me réveillant, une violente pluie frappe ma tente et fait un bruit d’enfer. Je me glisse la tête en dehors et constate à quel point il pleut. Je suis très bien dans mon sac de couchage et la dernière chose dont j’ai le goût, est d’aller pédaler sous la pluie. Autre chose qui me donne le goût de rester dans mon cocon, aujourd’hui, je quitte la Vallée pour commencer mon ascension dans les montagnes. Mais comme j’ai rendez-vous avec ma mère et ma soeur dans quelques jours à Banff, je prends mon courage à deux mains et je me «déguédine». Je m’offre tout de même le luxe d’un déjeuner chaud à l’abri de la pluie, dans la salle communautaire. Je me fais un bon gruau et des toasts aux bananes et beurre de peanut. Pendant que je me prépare, la pluie s’estompe tranquillement.

Je traverse donc le pont pour me rendre dans la ville de Revelstoke. La vue sur la rivière me fait oublier le temps pluvieux. Je cherche un dépanneur où je pourrai faire le plein de barres Cliff, ce sont mes préférées. Elles soutiennent pendant plusieurs heures. Suivant le conseil de mon père, j’achète la boîte au complet ne laissant rien derrière!

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Au dépanneur, un homme vient me parler et me pose des questions sur mon projet. Quand je lui annonce que je me dirige vers l’est, il me dit alors qu’après Rogers Pass, il n’y a plus de montées et que c’est une belle descente. Doutant un peu de son affirmation, je lui demande s’il en est certain. Il me répond que Rogers Pass est le point le plus haut donc que la route n’a pas le choix de descendre. Peu satisfait de l’explication, je le laisse tout de même…

En partant du dépanneur, la route suit le chemin de fer. Je suis toujours fasciné par la puissance de ces engins qui font vibrer le sol sous leur passage. Un jour, je vais trouver le moyen de faire quelques kilomètres à bord d’une locomotive. Un gros grondement me fait alors sortir de mes rêveries. En me retournant, je constate que ce dernier n’est cependant pas comme les autres! C’est le Rocky Mountaineer, un train de passagers qui sillonne les Rocheuses. À défaut de faire un tour de locomotive, un tour en tant que passager de ce train pourrait peut-être me combler. Et hop! Un projet de plus dans ma banque de projets déjà bien remplie!

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Après un arrêt à l’épicerie, où plusieurs personnes m’ont parlé, je traverse la voie ferrée pour rejoindre une petite route résidentielle. J’y rencontre un homme qui promène un enfant en poussette. Ce dernier m’arrête et me parle de mon projet. De fil en aiguille, il me dit qu’après Roger Pass les montées et les descentes s’enchaînent. En fait, il me dit exactement le contraire de l’homme rencontré au dépanneur plus tôt. Je décide de ne pas m’en faire avec ça, on verra dans le temps comme dans le temps! Mais la leçon que j’en retiens est de ne pas prendre ce que les gens nous disent pour du «cash». Malgré qu’ils soient bien intentionnés, la perception de chacun face à une même situation est souvent très différente.

Après avoir été retardé par la pluie et tous les gens qui sont venus me parler, je quitte enfin pour débuter l’ascension. Les côtes sont très longues, mais par chance, elles ne sont pas trop abruptes. C’est donc sans trop de difficulté que j’atteins le camping Illecillewaet, juste avant Rogers Pass. De ce dernier, on peut apercevoir le glacier du même nom. Je sens la fraiche provenant des sommets autour de moi.

À l’accueil, je rencontre un couple de Montréal avec deux enfants. Ils sont vraiment impressionnés par ce que je fais et la femme me prend en photo avec ses deux garçons. Elle m’offre aussi une demi bouteille de vin de la Vallée de l’Okanagan et deux bananes! C’est donc vraiment heureux que je retourne à mon campement.

Comme j’ai vraiment faim, je commence par me faire à manger. Je déguste mon riz au jambon avec quelques gorgées de vin. Il est excellent! 

En retirant les bagages de mon vélo, un élastique s’accroche dans un des rayons de la roue arrière. En me penchant pour le décoincer, j’aperçois un rayon qui n’a pas le même angle que ses confrères. Dès que j’y touche, le rayon bascule! Maudit, j’ai un rayon de cassé! En démanchant la roue du vélo, je constate qu’il y en a un deuxième. Impossible de rouler jusqu’à Golden avec tous ces bagages et deux rayons en moins.

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J’ai des rayons de rechange, mais je n’ai jamais essayé d’en changer un. En regardant de plus près, je réalise que c’est impossible d’en poser un nouveau sans retirer la cassette et malheureusement, je n’ai pas les outils qui permettent de le faire. Il n’y a pas 36 solutions qui s’offrent à moi, je ne peux pas réparer mon vélo et je veux faire chaque kilomètre en vélo. Je devrai donc me trouver un moyen de transport pour aller réparer ma roue à Golden. Je reviendrai ensuite à mon vélo pour retourner une deuxième fois à Golden à vélo.

En allant faire la vaisselle et mon hygiène au bloc sanitaire, j’en parle au plus de gens possible. J’espère que quelqu’un m’offrira de m’emmener à Golden. Une dame très sympathique me parle de mon projet. Elle me fait même un don de 20$. Je lui parle alors de mon problème, elle m’offre d’embarquer avec elle le lendemain vers 12h00. C’est un peu tard pour moi puisque je dois revenir chercher mon vélo avant de retourner à Golden, le soir même.

Un peu plus tard, pendant que je parle à un homme de mon problème, un autre qui entend notre conversation m’offre d’embarquer avec lui. Il part vers 8h00 le lendemain! C’est parfait! Nous nous donnons rendez-vous et je me couche.